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Bonnes et mauvaises nouvelles
Solstices / 18.03.26

Bonnes et mauvaises nouvelles

Rédigé avant la nuit du 31 décembre au 1er janvier, cet édito aurait peut-être eu une teneur différente. La tragédie de Crans, qui a fauché une jeunesse dans la fleur de l’âge, par le biais le plus insoutenable qui soit, les flammes, en ce jour de liesse et de bonnes résolutions nouvelles, a connu un retentissement international. Comme une onde de choc.

Pourtant, une vie n’en vaut-elle pas une autre? Entendez par là, sans cynisme aucun: pendant que des dizaines des personnes périssaient, prises au piège d’un lieu de fête, combien d’autres étaient anéanties, ailleurs, là-bas, dans des proportions bien supérieures? Loin des yeux, loin du cœur? Nous sommes-nous habitués à ne plus nous émouvoir des drames qui n’ont pas lieu dans notre coin de pays, ou ne touchent pas des personnes de cultures similaires?

Compatir n’empêche pas d’éviter de s’apitoyer, étant entendu qu’il ne nous est pas possible de sauver tout le monde. Or, qu’on le veuille ou non, il existe une règle journalistique dite du mort kilométrique, appelée aussi loi de proximité: un décès tragique dans un quartier d’ici aura un impact bien supérieur à une centaine de pertes dans une ville, tout là-bas.

Un média comme Le Journal du Jura ne peut se faire l’économie de la couverture d’un événement comme celui du Nouvel An. Lectrices et lecteurs veulent savoir ce qu’il s’est passé; ce que les Cantons, celui de Berne, par exemple, prennent comme mesures pour que cela ne se produise pas; ce que la population d’ici, à son échelle, peut faire pour panser les plaies. Comme donner des cheveux, pour que les victimes, blessées, puissent se reconstruire, se relever, avancer. Une belle initiative. Une bonne nouvelle, comme une éclaircie dans la grisaille de janvier.

Cela étant, il existe une autre observation: sur les sites web des médias, qu’ils soient régionaux ou grand public, les articles en ligne les plus cliqués ou partagés restent ceux dont les titres contiennent les mots «drame», «accident», «sexuel», «scandale» et j’en oublie. Sommes-nous pour autant prisonniers de l’appât du clic, du voyeurisme? Heureusement non. La voici, la vraie bonne nouvelle: la froideur des statistiques ne guide pas notre travail. Si notre quotidien est (aussi) indispensable pour que les gens de pouvoir rendent des comptes, il est surtout là pour donner la parole à celles et ceux qui ont entre leurs mains un beau projet de vie à présenter, une passion à partager, des mots forts, mais joyeux, à mettre sur la joie d’une victoire. Sans naïveté ni angélisme. Simplement comme symbole d’une région qui avance.

Dan Steiner
Journaliste RP et rédacteur en chef
Journal du Jura SA

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