©Raphaël Zbinden | Cath.ch
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Du « jamais plus » au « pour toujours »
« Définitivement et pour toujours, je suis la fille qui aime Claude. » Un matin de printemps, après presque quarante ans de vie commune, Claude s’effondre en allant au jardin. Une mort brutale, qui laisse un immense vide. Sept ans après, Christine se dit toujours inconsolée. Non pas par désespoir, mais parce qu’elle ne veut être consolée ni de l’amour, ni de la mort. « Je ne serai pas consolée de cet amour. Il est vivant. Et il me laisse vivante, ouverte à ce que la vie a à m’offrir », confie-t-elle.
Du pays glacial des souvenirs, elle a peu à peu rejoint celui de la mémoire, chaud et lumineux, où les « jamais plus », autant d’épines qui déchiquettent, deviennent des « pour toujours ». Au début, Christine s’est sentie déchirée : une part d’elle voulait rester figée, comme une statue éplorée au chevet de son bien-aimé, tandis qu’une autre l’appelait vers la vie. Elle croyait devoir choisir. Aujourd’hui, elle sait qu’on n’a pas à choisir : l’un n’exclut pas l’autre.
Dans cette véritable aventure intérieure, comme elle aime l’appeler, Christine a une conviction profonde : « les symboles sont bien plus puissants que les raisonnements. » Face à l’incompréhension de la mort, seuls les rites agissent, dit-elle. Sa foi ne l’a pas rendue moins diminuée, ni effacé la douleur. Mais elle lui a offert un langage symbolique pour traverser l’épreuve. Elle a alors choisi de célébrer la vie : brûler un dessin à l’encens avec une enfant pour « l’envoyer » à Claude, organiser une grande fête pour rassembler les siens. Autant de gestes concrets pour accompagner la séparation et se tourner vers l’avenir. « Je crois que les rites sont de puissants onguents qui soignent les blessures. Je pense au Samaritain qui verse de l’huile et du vin sur les plaies : il faut peut-être, nous aussi, verser un peu d’huile et de vin de fête. »
Le deuil est un temps long, que la société voudrait voir s’abréger. On attend des endeuillés qu’ils reprennent le cours des choses, comme si l’absence pouvait se taire. Au fil de son cheminement, Christine Pedotti a découvert une force insoupçonnée : la puissance du désir de vivre. « Ce n’est pas la mort qui est la plus douloureuse, c’est le désir de vivre », confie-t-elle. Pourtant, c’est ce désir qui relève, qui remet en marche, et qui rend à nouveau possible l’élan vers la vie.
Propos recueillis par Coralie Staecheli
Rédactrice responsable du magazine solstices