Jura Pastoral

Fête de Sainte-Léonie à Soyhières

Voc'action du 10 janvier 2016

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Avec les saints de tous les temps

Cette année encore, la fête de sainte Léonie était merveilleuse ! L’invité du jour, Monseigneur Marc Stenger, évêque de Troyes, nous a fait l’honneur de présider l’Eucharistie. Une église remplie de fidèles, enfants, parents, grands-parents, membres de l’Association, fidèles du Jura Pastoral. Comme il fait bon prier et chanter tous ensemble ! Merci au groupe PEP qui a su intégrer son enthousiasme juvénile à la Célébration. A la salle de gymnastique, merveilleusement décoré, l’apéro a été apprécié de tout le monde ; en plus il fut animé par notre fidèle menuisier, M. Geiser, qui a révélé ses multiples talents de musicien et de chanteur !

KODAK Digital Still Camera Fête de Sainte Léonie

En troisième partie, Mgr Stenger nous a partagé quelques pistes de réflexions au sujet de la vie consacrée, thème de cette fête et fil rouge de toute l’année 2015-2016.

 

 

Homélie de Mgr Stenger – Evangile Lc 3, 15-16 ; 21-22

Le récit du baptême de Jésus n’est pas sans importance dans le parcours liturgique que nous suivons depuis la fête de Noël. Il s’agit d’une des trois grandes manifestations publiques de Jésus avec la visite des Mages dans laquelle il s’est révélé comme le roi des Juifs et les noces de Cana dont nous lirons le récit dimanche prochain, dans lesquelles il se montre comme l’initiateur du monde nouveau, en changeant l’eau en vin.

Ce qui est marquant dans le récit du baptême de Jésus, c’est que Jésus se place dans la longue suite, dans la longue lignée des hommes et des femmes qui attendent leur tour pour se laisser plonger dans les eaux du Jourdain. Rien ne le distingue des autres. Il vient rejoindre, comme n’importe qui, le peuple de pécheurs en attente. Il s’enfonce profondément et discrètement parmi la foule. Il prend même la dernière place comme pour prendre avec lui l’humanité avec ses grandeurs et ses crises, avec ses générosités et ses folies. Nous aujourd’hui nous savons très bien qui est Jésus. Mais quand Jésus se présente sur les rives du Jourdain, c’est un inconnu. Personne ne le connaît, il n’a pas encore appelé un seul disciple. Il n’a pas encore commencé son ministère public, il n’a encore jamais ouvert la bouche pour prêcher. C’est un simple ouvrier charpentier venu de Nazareth. Mais c’est aussi un juif pratiquant, fidèle, dont Luc nous dit qu’il fait comme tout le monde.

Ce détail a du sens pour nous. Il constitue une sorte d’invitation pour nos propres vies de baptisés. Pour la pratique de notre propre foi, n’avons-nous pas à nous insérer tout simplement dans un peuple, dans une Eglise, dans une paroisse et faire comme les autres qui croient. Aujourd’hui beaucoup remettent en cause des traditions vénérables : par exemple ils ne font pas baptiser leurs enfants – pour les laisser libres de choisir – ils ne sont plus fidèles à la messe chaque dimanche. Cela peut venir, bien-sûr, d’une volonté d’être sincères et vrais. Mais n’y a-t-il pas dans ces attitudes le sentiment d’être mieux que les autres, plus brillant que les autres, plus mûrs que les autres dans les choix, le refus de faire peuple et de faire Eglise, le refus de donner suite à cette nécessité vitale de rejoindre l’Eglise. Le premier effet du baptême n’est-il pas justement de nous faire entrer dans la famille des enfants de Dieu, de ceux qui vivent de la vie des leurs humblement.

Aujourd’hui où nous rappelons la vie consacrée, où nous nous mettons dans la lumière de Sainte Léonie Aviat et du Bienheureux Père Brisson, des vénérables Mère Chappuis et Père Blanchard, ce récit du baptême de Jésus nous apporte un éclairage bienvenu, en nous invitant à suivre la démarche de Jésus. C’est la démarche humble d’un croyant qui met sa confiance en Dieu et non pas en lui-même, dans les seules ressources de son intelligence, dans la supériorité de son esprit. De cela les consacrés sont de bons exemples. Ils ne doivent pas apparaître comme des super-chrétiens qui sortent du lot. L’humilité de Ste Léonie Aviat n’était pas une posture, elle reposait sur la conviction de foi que tout lui venait de Dieu et de sa force. Elle n’avait pas à sortir du rang, mais à accueillir avec les autres le somptueux cadeau de la grâce divine à laquelle il n’y avait qu’une réponse à donner, se donner entièrement.

Par sa manière de faire, Jésus montre sa profonde solidarité avec l’humanité, et c’est cette solidarité qui ouvre les cieux et provoque la révélation qu’il est le Fils même du Père. Cet homme comme les autres est rempli d’un mystère indicible. Il est engendré de Dieu dans une sorte de présent sans fin qui est le présent du Royaume. La Parole du Père adressée à Jésus lors du baptême, nous la recevons pour nous aussi : « C’est toi mon Fils, ma fille, aujourd’hui je t’ai engendré ». C’est une parole que dans le Christ il adresse à chacun d’entre nous. Nous ne sommes pas orphelins … nous naissons de Dieu. La question qu’on pourrait se poser, c’est : « Est-ce que celui qui devient religieux ou religieuse, qui a choisi la consécration, a entendu une parole particulière qui le sort du lot ? ». Oui et non ! Oui il a entendu une parole personnelle. Non il a entendu comme chacun la parole qui correspond à sa disponibilité et qui ne peut être comprise que dans l’amour. « Aimer, c’est tout donner » était un maître mot de Léonie Aviat. On peut comprendre d’abord cela comme aimer c’est tout recevoir, c’est recevoir cette Parole qui donne sens pleinement à ce que nous sommes, mais c’est aussi la recevoir au milieu d’un peuple. Notre vocation nous ne la trouverons pas dans la séparation d’avec nos frères, mais au cœur même de notre famille où cette Parole de Dieu viendra nous dire qui nous sommes pour lui, pour nous et pour nos frères humains.

A partir de là, nous pouvons comprendre mieux le sens de notre propre baptême. Le baptême est appelé dans St Paul – nous l’avons rappelé dans la prière tout à l’heure – « le bain de la nouvelle naissance ». Nous renaissons, comme est né le Fils de Dieu dans le sein de son Père, car comme dans la génération éternelle du Fils, le Père lui communique son être, sa vie et toutes ses perfections divines, ainsi dans notre baptême, ce même Père nous donne par son Fils et en son Fils un être et une vie toute sainte et toute divine. La consécration religieuse en est le modèle. C’est un approfondissement du baptême. Elle est fondée sur l’amour que Dieu nous manifeste déjà au moment de notre baptême et qu’il confirme tout au long de notre vie. Elle repose sur l’accueil de cet amour et la volonté d’y répondre et d’y correspondre en nous tournant vers le bonheur qui nous est promis et que nous devons accueillir dans la foi, lorsque se manifestera la gloire de Jésus notre grand Dieu et Sauveur. N’est-ce pas là une renaissance extraordinaire ?

On est là dans un grand mystère. Par le baptême nous avons été plongés dans l’amour de Dieu. Le Seigneur nous a dit : « Je t’aime d’un amour éternel. Mon amour pour toi ne s’en ira jamais ». L’amour et la fidélité de Dieu donnés définitivement en Jésus-Christ, nous devons les accueillir chaque jour personnellement. Notre baptême n’est pas un évènement du passé. Nous en vivons tous les jours, et nous pouvons nous en réjouir tous les jours.

Le grand cadeau qu’ a représenté à mes yeux l’année de la vie consacrée, c’est de nous avoir offert le signe prophétique de cela. Il y a quelques jours j’ai visité un Carmel. J’ai été frappé par la joie qui habitait ces sœurs dont beaucoup étaient des anciennes. Elles m’ont expliqué qu’elles savouraient la joie d’être enfants de Dieu. Comme religieuses contemplatives, elles n’avaient rien pour les distraire de cela, rien pour détourner leur cœur vers des joies plus artificielles. Que le visage plein de douceur joyeuse de Sainte Léonie nous aide à réactiver en nous cette joie, chaque fois que nous osons dire : Notre Père.

+Marc STENGER

Evêque de Troyes

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