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Toussaint & Jour de commémoration des défunts du 2 novembre
La recette de la tourte à la pâte de noisettes et à la confiture de framboises avait été transmise par une cousine, expatriée du Jura au début du 20e siècle sur les rives du Danube pour y trouver du travail comme institutrice ; en effet, femme célibataire et sans travail dans notre coin de pays, elle dut s’expatrier. En sa mémoire à elle aussi, nous partagions la tourte de Linz le jour de la Toussaint.
Deux célébrations liturgiques pour une seule réalité : Toussaint et commémoration des défunts le 2 novembre
Avons-nous déjà observé que transparaît le jour de la Toussaint quelque chose d’ordre paradoxal : alors que nous célébrons la vie lumineuse en Dieu des défunts aimés et méconnus, inaugurée durant leur vie terrestre, nous avons souvent une larme à l’œil ou une forme de chagrin contenu de ne plus les compter parmi nous, ou bien de se sentir secrètement parfois pour certaines personnes endeuillées – soulagées au vu des circonstances absurdes de la vie.
La célébration de tous les fidèles défunts le 2 novembre révèle quant à elle l’autre face plus sombre de la médaille, une célébration de la consolation devant la mort. Comme dit le prophète Isaïe (Is 25,7-9) : Le Seigneur Dieu essuiera toutes larmes sur tous les visages (…) Voici notre Dieu, en lui nous espérons.
A l’occasion de la Toussaint, les biographies si diverses des humains incarnant l’espérance à travers les âges veulent être mises en lumière à la fête de …tous les saintes et saints. Ceci afin de révéler davantage celles et ceux qui ont marché sur le sentier de l’application du droit, de la justice et de l’amour, l’un n’allant jamais sans l’autre. Publiquement ou discrètement, qu’ils soient femmes ou hommes engagés dans le politique, l’artisanat, le monde ouvrier ou agricole, l’économique, une PME, le social, la santé ou le religieux, la Toussaint devient à travers une célébration ou un signe une invitation à marcher nous aussi dans les pas de Dieu, par ceux reconnus en Jésus, le Christ.
Et quoi alors cette fête de Toussaint 2026 peut nous parler pour notre vie quotidienne personnelle et sociétale, que l’on soit chrétiens, ou d’une autre appartenance ?
En écho à la géopolitique actuelle, je m’arrête ce jour à deux des béatitudes tirées de l’Evangile de Matthieu (Mt 5) : Heureux et heureuses les artisans de paix, car ils seront appelés fils et filles de Dieu. Heureux ceux et celles qui seront persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux.
Nous saisissons à partir de ces extraits bibliques qu’il en va autour de la notion de sainteté d’une question de vie ou de mort. Pour devenir des saints et saintes, nul besoin de viser des miracles extraordinaires ; viser déjà de travailler et construire avec discernement la paix en soi et autour de soi, avec l’esprit de justice et son application, selon les droits humains, est déjà chemin de sainteté.
Une seule médaille avec ses deux faces de lumière et d’ombre
Reliées comme une seule médaille avec ses deux faces, la vie et la mort reconnues, nommées et célébrées dans l’espérance, avec des témoignages d’humains en chemin nous sont précieux, bienfaisants, stimulants.
La promesse d’une vie d’éternité au-delà du passage de la mort nous est annoncée. En croyants, aussi habités par le doute et la méconnaissance intérieure ressentie parfois, nous expérimentons ce Déjà maintenant et ce Pas encore en cultivant une vie d’intériorité et en nous engageant concrètement ¹.
Célébrer avec nos sens
Ce temps de Toussaint et du jour des morts offre de manifester des signes, des rites et des gestes aux couleurs de l’espérance. Ces gestes, tantôt religieux, tantôt plus laïcs, soutiennent cette aspiration essentielle de l’appel à la vie et à la commune union entre vivants, et aussi entre vivants et défunts. Ce temps nous inscrit avec tous nos sens au cœur de la vie, avec cette possibilité de vivre l’expérience : joie de déposer de belles fleurs sur une tombe de l’être chéri, joie d’aller chanter ou entendre la louange de Dieu dans une célébration liturgique, joie de tenir une lampe allumée, joie de peut-être partager une eucharistie, joie de serrer la main ou étreindre un proche endeuillé, joie de prendre la plume pour écrire un mot à une personne aimée, joie d’humer le parfum qu’un proche disparu portait pour le rappeler à la mémoire du cœur.
Chez nous, les us et coutumes évoluent comme à toute période de l’histoire. Notre société s’est enrichie de diverses cultures et appartenances religieuses.
En cet automne, puissions-nous trouver quelques minutes ou une heure, pour goûter et sentir en nous-même combien cet espace-temps des célébrations de la Toussaint et du 2 novembre peut accompagner notre chemin à la croisée des sentiers d’autres sœurs et frères en humanité d’ici et d’ailleurs dans une attitude matriciante.
Il y avait la tourte de Linz partagée après une célébration, pour d’autres il y a un goûter improvisé à côté de la tombe fleurie d’un cher défunt comme le confiait trois jeunes femmes jurassiennes, pour d’autres encore, il y a le totché de St-Martin.
Et si la Toussaints nous invitait à re-choisir un mode d’être présent à Dieu dans un cœur à cœur dans le temple de nos églises et de la nature ?
Beau temps de Toussaint,
Agnès Chavanne Angiolini | Théologienne-accompagnante spirituelle | Serive d’aumônerie-accompagnement spirituel à domicile (SASDO)
¹ Oskar Cullmann, Christ et le temps, Delachaux et Niestlé, 1947.