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Une traversée commencée il y a 25 ans
Portraits / 05.10.26

Une traversée commencée il y a 25 ans

Depuis 25 ans, Christophe Wermeille chemine aux côtés de femmes et d'hommes de toutes générations, au sein de l'Eglise catholique de notre région, en collaboration régulière avec l'Eglise réformée et des associations. Questionné par les crises institutionnelles, parfois impatient face aux lenteurs ecclésiales, ce théologien en pastorale choisit de continuer à s'engager, comme on part sur un océan aux multiples météos.

Eglise entre ombre et lumière

Baigné dès l’enfance dans une famille engagée, il suit des études complètes de théologie à Fribourg, Tübingen et Lucerne et reçoit l’institution pour un service permanent dans le diocèse de Bâle. Il se formera ensuite, à Bruxelles et Louvain-la-Neuve, en sciences humaines et à la conduite d’équipes.

Au tournant des années 2000, il débute le ministère d’assistant pastoral, comme on l’appelait alors. Dans l’élan de Vatican II – qui cherche à redonner une place à chaque baptisé·e et à toute personne de bonne volonté – de nouvelles façons d’accompagner la population religieusement, spirituellement et éthiquement émergent. Les Eglises perdent alors de leur influence : une chance, dit-il, de remettre en lumière la société civile et démocratique, et l’occasion, pour la tradition catholique, de se retrouver davantage en respectant sa source. Une évolution que cet homme marié et père de quatre enfants accueille avec élan.

Christophe Wermeille parle aussi ouvertement des révélations de scandales, particulièrement ceux relatifs aux actes sexuels répréhensibles par le droit pénal, ainsi que des abus de pouvoir et spirituels qui les ont presque toujours engendrés. Si la prise de conscience est douloureuse, elle est pour lui nécessaire : « Bravo à l’Eglise catholique suisse d’avoir mandaté des historiennes de l’université de Zürich pour produire une étude externe, en donnant accès aux archives. Cette sombre page de l’histoire de l’institution ecclésiale – aussi partagée parfois dans la société – met en lumière combien nos démocraties sont précieuses, et une relecture historique nécessaire pour établir la vérité et chercher des chemins de réparation ».

Parcours personnel

Avec Vatican II, le diocèse de Bâle a choisi de confier aussi des ministères – certes non ordonnés – à des femmes et des hommes formés et compétents. « Aujourd’hui, comme co-responsable avec un prêtre de l’Espace pastoral Ajoie-Clos du Doubs, je suis heureux d’observer que des personnes aux parcours variés trouvent leur place et donnent le meilleur d’elles-mêmes. C’est peut-être l’art de responsables d’équipe de permettre à chacun·e de trouver une place ajustée en fonction de ses charismes et compétences et de former ensemble une équipe porteuse de sens ».

Au moment de regarder dans le rétroviseur, Christophe évoque le contentement que lui inspirent certaines réalisations qui ont pu soutenir le lien social et l’attention aux personnes fragilisées – par exemple à travers la prestation Rencontres, qui offre soutien et accompagnement à toute personne qui en ressent le besoin. Il se réjouit aussi de rendez-vous rassembleurs comme la Crèche aux 5 sens, qui a permis à des milliers de personnes de tous horizons de s’émerveiller devant le mystère de Noël, ou du sourire des personnes qui repartent d’une célébration animée par la chorale Arc-en-Sources, qu’il dirige. Il est touché par les retours de personnes avec qui il a pu faire un bout de chemin, lors d’un accompagnement pastoral.

Lenteurs et renouveaux d'une institution en chemin

Le regard de Christophe dépasse son propre parcours : il se réjouit du travail mené par le diocèse de Bâle, qui co-construit avec les baptisés et la société des offres concrètes pour toute personne en recherche spirituelle. Quant à la lenteur de l’institution jusqu’au Vatican, il observe la prudence que manifeste le pape Léon XIV dans un contexte géopolitique et ecclésial tendu, et admire sa capacité à être, dans l’histoire présente, cet homme de ponts que le mot « pontife » désigne. Il appelle de ses vœux davantage de décentralisation, afin que les diocèses du monde entier puissent inculturer l’Evangile selon les réalités de chaque société.

Le phare de l'Evangile

Pour Christophe, toute rencontre interpersonnelle ou de groupe continue de façonner sa manière de vivre le ministère. Il évoque avec émotion sa découverte de la pastorale d’engendrement, notamment à travers la rencontre du jésuite Philippe Bacq du Centre Lumen Vitae à Bruxelles, les moments forts lors d’accompagnements de deuils ou d’étapes marquantes de la vie. Etude, travail, méditation, prière et rencontres opèrent ensemble des forces transformatrices pour l’avenir. Il aime partager le récit de la rencontre entre Jésus et la femme syro-phénicienne (Mc 7, 24-30) : étrangère dans tous les sens du terme, elle interpelle Jésus et lui rappelle que « les petits chiens, sous la table, mangent les miettes », un épisode ponctuel qui ouvre à la plénitude du message. « Quand la grande Histoire du Peuple de Dieu rejoint la petite histoire humaine, je trouve que c’est superbe », confie Christophe.

L’écoute de l’Evangile médité et célébré demeure son repère fondamental ; c’est là qu’il renouvelle le choix de son engagement. « Une expérience pascale », c’est ainsi que Christophe Wermeille relit aujourd’hui son parcours : une traversée sur l’océan de la vie, toujours offerte en abondance, lorsqu’on s’y risque avec confiance et vérité.

Propos recueillis par Coralie Staecheli

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