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Foi et foot en communion
Solstices / 19.06.26

Foi et foot en communion

Vivre autrement les deux commandements de l’amour de Dieu du prochain. Par un prêtre depuis plus de trente ans, footballeur à plus de soixante ans.

Il existe des rencontres inattendues dans une vie. Des croisements que tout semble opposer, mais qui, à force d’être vécus, finissent par se répondre. Pour moi, ces deux chemins ont été la foi et le football. Deux univers que l’on imagine éloignés, et qui pourtant se fécondent, s’éclairent, s’unifient.

La foi est un appel venu d’ailleurs — du dehors, de l’en-haut — comme celui adressé à Abraham : « Quitte ton pays… vers le pays que je te montrerai » (Gn 12,1). Un appel à choisir le primat de l’amour de Dieu. Le sport, lui, naît du dedans : de l’élan vital, de l’ADN, du plaisir simple et profond de courir, de jouer, de toucher le ballon rond. Et pourtant, ces deux réalités, loin de s’opposer, se complètent. Elles deviennent, pour celui qui les vit ensemble, un chemin d’unification intérieure. C’est ce que je découvre encore aujourd’hui, après trente-cinq ans de prêtrise et soixante-quatre ans de football. C’est aimer autrement Dieu et le prochain. On est homme du ciel et de son époque.

L’esprit sportif dans la pratique de la foi

Je parle ici comme un homme qui a longtemps marché. Trente-cinq ans de ministère. Une vie donnée. Et pourtant, j’apprends encore — comme on apprend toujours, même à soixante-quatre ans, à courir derrière un ballon, à respirer avec une équipe, à accepter ses limites, à goûter la joie simple du jeu.

L’esprit sportif devient alors une école intérieure. Une ascèse douce. Une discipline qui ne contraint pas, mais qui libère. Saint Paul lui-même utilise cette image : « Tout athlète s’impose une discipline rigoureuse » (1 Co 9,25). La prière aussi demande un entraînement. Une fidélité. Un recommencement. J’apprends ainsi à développer « l’homme intérieur » (2 Co 4,16), souvent couvert, écrasé  ou étouffé « par la triple convoitise du monde » (1 Jn 2,16).

Dans la vie spirituelle comme sur le terrain, il faut accepter l’effort. « L’homme est effort » disait Maine de Biran , confirmé par Paul Ricoeur. Accueillir la fatigue. Se relever après la chute. « Le juste tombe sept fois, il se relève » (Pr 24,16). Et surtout : ne jamais confondre performance et fidélité. La foi n’est pas une compétition. Elle est un entraînement du cœur, de l’esprit et de l’âme. Une progression lente, parfois invisible, où l’on avance non pour dépasser l’autre, mais pour rejoindre Celui qui nous précède.

Et puis, il y a l’équipe. La communauté. Le peuple de Dieu. Le Concile Vatican II le rappelle : « Dieu a voulu sanctifier et sauver les hommes non pas individuellement, mais en faisant d’eux un peuple » (Lumen Gentium, 9). Trente-cinq ans de prêtrise m’ont appris que personne ne devient saint seul, comme personne ne gagne un match sans les autres. La foi est un effort collectif. Une fraternité en mouvement.

L’esprit évangélique dans la pratique du football

À soixante-quatre ans, je joue encore. Non par nostalgie. Mais parce que le football demeure pour moi un lieu d’Évangile. Un espace où le geste devient parole, où le respect devient prière, où la joie devient mission. On ne joue pas tout seul, mais toujours en équipe.

L’esprit évangélique dans le football, c’est d’abord la gratuité. Le jeu pour le jeu. La beauté d’une passe juste. La noblesse d’un duel loyal. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8)…. à la lettre.

C’est aussi la bienveillance : relever un adversaire, reconnaître un beau geste, s’incliner devant la vérité du terrain. « Portez les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2).

C’est la justice : respecter la règle, honorer l’arbitre, refuser la tricherie. « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » (Mt 5,6).

C’est enfin la solidarité : courir pour l’autre, couvrir son erreur, célébrer ensemble. Comme dans l’Église, où chacune et chacun reçoit un don « pour l’utilité commune » (1 Co 12,7).

Et puis, il y a ce moment que seuls les vétérans connaissent vraiment : la troisième mi-temps. La buvette. Les deux équipes qui mangent ensemble. Les rires. Les verres qui s’entrechoquent. Les histoires qui se croisent. À table, ni victoire ni défaite : seulement la parité. Tout devient fraternité. Fratelli tutti (Pape François, 2020).

Un signe visible et tangible de la communion. Une parabole vivante de la fraternité. Un écho de la table du Christ, où l’on partage le pain et la vie. Le pape François le dit dans Fratelli Tutti : « La fraternité n’est pas un rêve, mais une réalité possible » (FT 128). Et ici, elle se réalise autour d’un soir de match suivi d’une bière fraîche.

Deux lieux, un seul souffle

Trente-cinq ans de prêtrise. Soixante-quatre ans de football. Deux fidélités. Deux terrains. Un même esprit. Dans la foi, le sport devient école de persévérance. Dans le sport, l’Évangile devient école d’humanité. Et au cœur de tout cela, une certitude demeure : Dieu aime les lieux où les hommes se rencontrent. Même une buvette de vétérans, un soir de troisième mi-temps. Surtout là. « Allez ! de toutes les nations annoncez l’Evangile » (Mt 28, 19).

Marc Ravelonantoandro
Prêtre dans les Unités pastorales
Sainte-Marie et Sainte-Colombe

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