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Être maman d’une sportive
Ce jour-là, dans la halle de compétition, son père, son frère, sa soeur, le fan club et de nombreux supporters sont présents, mais pas sa maman Evelyne. Audrey a souhaité qu’elle assiste au concours depuis l’extérieur. Evelyne confie un pincement au coeur et l’impression d’avoir été mise à l’écart après tant d’années de soutien. Pourtant, la mère de la championne comprend pleinement ce choix. Dans un sport où la moindre émotion peut coûter des points décisifs, Audrey préférait la savoir un peu plus loin. « Aimer, c’est respecter ce que l’autre veut. C’est là qu’elle me voulait, je l’ai accepté. » Elle sait que ce choix n’aurait pas été possible sans une profonde complicité et une confiance totale entre elles.
Derrière le bronze d’une médaille et la liesse médiatique se cache pourtant une réalité plus quotidienne. Un tel résultat exige des sacrifices, au-delà du talent, pour l’athlète comme pour son entourage. Depuis l’âge de 7 ans, Audrey s’entraîne avec détermination, épaulée et coachée par son père, Roland, dont l’enthousiasme ne faiblit pas. Mais quand la fatigue ou la lassitude s’installent, c’est vers sa maman que la jeune fille se tourne. Elle joue l’intermédiaire, écoute, rassure, temporise, au point qu’elle peut affirmer que si sa fille a commencé le tir c’est grâce à son papa, mais c’est grâce à sa maman si elle en fait encore aujourd’hui. Dans l’ombre, cette maman joue un rôle essentiel dans la persévérance de sa fille et l’équilibre de toute la fratrie. En effet, lorsque la passion d’un des enfants exige tant de temps et d’énergie, il importe de ne pas abandonner les autres. Evelyne a donc joué un rôle clé de médiatrice, faisant le lien avec la sœur aînée et le petit frère, qui ont d’autres attentes et ne souhaitent pas passer tous leurs week-ends à suivre les exploits de leur sœur.
Audrey, modeste, n’a pas pris la grosse tête après sa victoire, pas plus qu’Evelyne. « Je suis fière d’elle, comme de tous mes enfants, dans la victoire comme dans la défaite. L’une comme l’autre sont des lieux d’apprentissage. » Cet amour inconditionnel permet de préserver un lien simple et d’alléger la pression. Aujourd’hui, Audrey vit aux États-Unis. Son départ a été vécu comme un arrachement. Heureusement, elle revient pendant les vacances. Elle est notamment rentrée en mai pour quelques mois, à l’occasion de la fête des Mères. Un lien fort, qui vaut plus que toutes les médailles.
Propos d’Audrey et Evelyne Gogniat
recueillis par Didier Berret