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Le s’cret, une prière discrète
Solstices / 21.09.26

Le s’cret, une prière discrète

Le « s’cret » fait partie de la piété populaire jurassienne. Transmis de génération en génération, ce geste de prière accompagne celles et ceux qui souffrent, dans une démarche simple, gratuite et confiante. Témoignage d’un « faiseur de s’crets » et regard d’un théologien de terrain sur cette pratique régionale.

Sollicité pour un article sur « le s’cret », j’ai longuement hésité. Non pas qu’il y ait quelque chose à cacher, mais parce qu’à mes yeux, ledit s’cret est surtout le « discret » ! Ce numéro de solstices, consacré à l’invisible, me donne l’occasion de témoigner de mon expérience de « faiseur de s’crets » et de poser un regard de théologien sur cette pratique.

Dans le Jura, lorsqu’un bébé a des coliques, fait ses dents ou que quelqu’un s’est brûlé, coupé, s’est fait une entorse, souffre d’eczéma ou d’une verrue, il n’est pas rare qu’on lui « fasse le s’cret ». Dès l’enfance, j’ai vu ma maman, mes tantes et ma grand-maman le pratiquer ou solliciter d’autres personnes pour les s’crets qu’elles n’avaient pas elles-mêmes. Cela fait partie du paysage local et, j’ose le dire, de la foi du terroir : une démarche empreinte de bienveillance, d’empathie, de gratuité et de confiance en Dieu.

Loin d’une pratique occulte ou d’une forme de magie noire, le s’cret que j’ai reçu et aussi transmis prend pleinement place dans le registre de la piété populaire. Il serait, de mon point de vue, plus juste de parler de « prière du s’cret », car il s’agit avant tout d’une prière, adressée à Dieu, par l’intercession de Marie, pour lui confier humblement une personne dans la souffrance. Rien de magique ou de diabolique ici, mais un acte de foi simple et gratuit, empli de sollicitude.

Lorsqu’on m’appelle pour un enfant qui s’est brûlé et que je l’entends crier au bout du fil, combien de fois ai-je été ému lorsque ses pleurs cessent avant même que la prière ne soit terminée ! Et quelle gratitude face aux patients en radiothérapie qui constatent, au fil des séances, qu’ils n’ont pas de traces de brûlures.

Comment cela se fait-il ? Je ne le sais pas moi-même. Ce que je sais, c’est que la prière adressée à Dieu est entendue et que ses effets sont parfois impressionnants. Cela dit, le s’cret ne saurait se substituer à la médecine ou à d’autres formes de soins. En cas de suspicion d’entorse, je demande toujours qu’un diagnostic médical soit posé avant de faire éventuellement le s’cret. Deux approches qui visent finalement le même but : prendre soin de la personne.

Christophe Wermeille
Théologien en pastorale et faiseur de s’crets

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