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Quand le temps suspens son vol
Solstices / 21.09.26

Quand le temps suspens son vol

« Pourquoi faut-il que vous utilisiez toujours le mot "vite" » ? La question innocente posée ce jour-là par ses élèves taraude à ce point l’esprit de ce jeune enseignant qu’il se surprend à formuler une prière spontanée, lui qui pourtant avait rangé la question de Dieu dans le grenier de sa conscience.

Stoppé à un feu rouge, il s’adresse à lui avec ces mots précis : « J’aimerais tellement freiner, si tu es si malin, essaie de m’arrêter ! » Le temps d’entendre une voix intérieure mystérieuse qui lui répond : « Es-tu si sûr de ce que tu demandes ? » que le feu se met au vert. Démarrage en trombe, voiture en face, percussion, trou noir. L’homme est en mille morceaux : 14 fractures, hémorragie interne.

Dans le coma la voix du chirurgien résonne encore : « Au bloc, tout de suite ! »

Et commence l’aventure étrange : une délocalisation. Il se réveille au plafond, se voit sur la table d’opération, les gens qui s’activent et le bruit de l’électrocardiogramme qui annonce que c’est la fin. Cliniquement mort. Il voit encore, comme à travers un zoom, un numéro sur le mur, le nom du médecin sur le badge, sa chevalière à la main. Puis il se sent retourné : ses yeux voient le haut du plafond. Mais en guise de plafond un espace s’ouvre, intensément lumineux, bien plus que le soleil. Pourtant cette lumière n’éblouit pas. Il se sent flotter, n’éprouve aucune douleur et décrit cette situation comme celle d’une personne dans les bulles d’un spa en cent mille fois plus intense. Aucune rencontre dans cette expérience, aucune parole, mais un sentiment indescriptible d’un amour infini qui l’étreint.

Impossible de mesurer la valeur de ce temps ; le cœur se remet en marche et réveille d’intenses douleurs. Suit une longue convalescence et deux années de rééducation. L’expérience vécue reste difficile à exprimer, les mots manquent.

Et puis, au détour d’une émission radio, une voix, bien réelle celle-là, vient interpeller notre homme : un prêtre y raconte son parcours, parle de poésie et de cinéma durant trois jours consécutifs. Il aime cette voix, se retrouve dans ses paroles, lui qui aime tant les arts et le théâtre. Le prêtre porte un prénom en guise de nom de famille. Ce prénom est le sien. Il s’identifie. En écoutant parler l’abbé, il est bouleversé et finit par le rencontrer autour d’un café. La conclusion de leur rencontre se solde par une petite phrase qui rejoint étrangement le début de son expérience : « Dieu va vous faire signe, prenez le temps ! » Un mot glissé comme un appel. L’homme commence des études de théologie et devient prêtre.

Les mots qui manquaient jadis prennent alors sens, comme une certitude inoculée au moment de son expérience : cette lumière est l’Amour avec un grand A et cet amour est une personne : le Christ.

Propos recueillis par Didier Berret
Délégué épiscopal

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