Jura Pastoral

Une Eglise ouverte à facettes multiples

Editorial de Daniel Kosch, secrétaire général de la RKZ

Comment l’Eglise peut-elle être ouverte et présenter des facettes multiples, cela tout en veillant à son profil et à la qualité de ses prestations afin de ne pas tomber dans la superficialité et la popularité à tout prix? Tel était le sujet du RKZ Focus 2018 proposé sous le titre «Supermarché ou traiteur? Le dilemme de l’Eglise: satisfaire tout un chacun ou adopter un profil clair?» J’en garde trois impressions fortes.

Tout d’abord, le portrait lucide que le CEO de Loeb à Berne, Ronald Christen, a dressé de son entreprise dont l’ambition est d’être «le grand magasin le plus personnalisé de Suisse». Il a montré combien il est important de se doter d’une stratégie claire tout en soignant constamment les détails: une préoccupation qui va de l’établissement de l’assortiment à l’aménagement des toilettes en passant par l’élément fondamental que constitue un personnel à la coule et aimable. Le parallèle avec l’Eglise saute aux yeux.

Deuxièmement, les réflexions du sociologue René Knüsel. En tant qu’institution, l’Eglise n’a guère de chances de marquer des points à l’avenir. Son futur résidera dans sa capacité à se concevoir comme une communauté offrant à tout individu ce qu’aucune autre institution ne saurait donner: la confiance en soi et les autres, ainsi que dans sa capacité à se dépasser pour entrer dans une quête spirituelle. Pour cela, l’Eglise est appelée à devenir plus souple et à trouver sa place dans la rue plutôt que derrière des murs.

Troisièmement, l’interview de la metteur en scène Annette Windlin. Au-delà de l’évocation d’expériences bouleversantes vécues au contact de religieuses et religieux, elle a aussi émis des critiques à l’endroit des strucures de l’institution et de l’incapacité de cette dernière à faire entendre sa voix. Deux sentiments habitent parallèlement la femme de théâtre: la passion pour les aspirations profondes et la souffrance face à la réalité ecclésiale.

Notre newsletter vous incitera-t-elle peut-être à réfléchir au profil de l’Eglise? Le concernant, le président de la Conférence centrale, Luc Humbel, a tenu ce propos: «La diversité et le fait de vivre avec des différences ne trahissent pas un manque de profil. Ils font partie intégrante du profil.»

 

Daniel Kosch
Zurich, le 17 octobre 2018,

 

Supermarché ou traiteur? Quel profil pour l’Eglise?

RKZ Focus de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse du 10 septembre 2018 à Berne

Objet de critiques ouvertes, l’Eglise catholique romaine est appelée à répondre à des attentes mul-tiples. Au travers de quelle offre parviendra-t-elle à satisfaire les besoins de la société? Comment conservera-t-elle sa crédibilité tout en gagnant en visibilité? «La diversité et le fait de vivre avec des différences ne trahissent pas un manque de profil. Au contraire, ce sont là des caractéristiques es-sentielles de l’identité de l’institution ecclésiale», affirma Luc Humbel, président de la Conférence centrale, dans son discours introductif prononcé lors de la manifestation annuelle à but de réseau-tage de celle-ci à Berne. Pour le sociologue René Knüsel, la gestion de la diversité est une compé-tence clé qui permettra à l’Eglise de demain d’aiguiser son profil et d’attirer des personnes en son sein. A la condition, toutefois, qu’elle conçoive la diversité comme une richesse et qu’elle se con-fronte aux questions sensibles.

«L’Eglise catholique romaine en Suisse a incontestablement une certaine visibilité mais peu de profil», dé-clare Luc Humbel au début de la rencontre. Or, ce n’est que dans la mesure où l’institution se présente sous des traits bien définis et qu’elle agit en conformité avec ceux-ci que son action devient crédible et cohérente. Sous le titre «Supermarché ou traiteur? Le dilemme de l’Eglise: satisfaire tout un chacun ou adopter un profil clair?», le président de la Conférence centrale, ainsi que Ronald Christen, CEO du grand magasin bernois Loeb, René Knüsel, professeur de sociologie de l’Université de Lausanne, Annette Windlin, femme de théâtre, et Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale, se sont tour à tour penchés sur la question du profil de l’Eglise de demain.

Reconnaître et promouvoir la diversité en tant que source de richesse
Face au pluralisme de notre société, la «solution universelle» est une idée qui ne passe plus. Une seule et unique offre ne saurait couvrir l’ensemble des besoins. Mais la diversité ne signifie pas l’acceptation indis-tincte de tout. L’Eglise doit défendre ses valeurs, même au risque de heurter: par exemple se distinguer sur des sujets tels que l’engagement en faveur des réfugiés et le développement durable, ou encore se position-ner sans ambiguïté sur la problématique des exportations d’armes. Les thèses avancées par le président de la Conférence centrale à propos des chances que recèle un profil clair de l’Eglise catholique en Suisse ont été abordées sous des angles très divers par les intervenants.

Pour le sociologue René Knüsel, professeur à l’Institut des sciences sociales de l’Université de Lausanne, un profil est susceptible d’être assuré au travers d’une approche ouverte de la diversité. Il voit dans la renais-sance du sens de la communauté une chance pour l’Eglise du XXIe siècle. Cette dernière pourra se présen-ter comme étant l’entité qui, par excellence, accueille les individus dans leur diversité et considère la diffé-rence comme une source de richesse. Cependant, répondre au besoin d’appartenance des individus im-plique aussi pour l’institution ecclésiale de se confronter aux questions lancinantes de notre temps et d’abattre les murs qui la symbolisent aujourd’hui encore. Dans cet ordre de réflexion, le chercheur se de-mande si «la place de l’Eglise n’est pas paradoxalement plus dans la rue que dans les temples que l’homme a construits» et qui sont aujourd’hui désertés.

L’authenticité: un signal fort contre l’interchangeabilité
Quand bien même son champ d’activité diffère totalement de celui de l’Eglise, le grand magasin Loeb, un établissement qui a vu le jour voilà près de cent quarante ans en ville de Berne, a des défis comparables à relever: aiguiser son profil de manière à donner aux individus l’impression que l’on s’adresse à eux de ma-nière privilégiée. «En tant que grand magasin, nous sommes plus ‘interchangeables’ que jamais depuis l’émergence du commerce en ligne! Aussi, nous misons sur le contact personnel pour réussir», explique Ro-nald Christen, CEO de Loeb SA.  

L’expérience d’Annette Windlin ressemble quant à elle à une passerelle qui serait jetée. L’auteur et metteur en scène de la pièce de théâtre à succès «Kloster zu verschenken» (couvent à donner) a choisi la provoca-tion pour frapper les esprits et lancer la réflexion sur les murs et les barrières dans l’Eglise. «Ce qui touche véritablement et incite à l’action, c’est à la fois l’authenticité et l’abord sans détour des questions sensibles, même si ces dernières se révèlent douloureuses.»

Quel est le bon profil pour l’Eglise aujourd’hui? Et comment atteindra-t-elle les individus à l’avenir aussi? En lieu et place de recettes à succès, les participants à ce RKZ Focus se sont vu offrir des pistes de réflexion à la fois diverses et multiples. Dans ses propos de conclusion, Daniel Kosch relève qu’un profil plus aiguisé n’exige pas de faire un choix tranché: l’Eglise attire à elle des personnes lorsque son offre est inspirée par les deux options: celle, personnalisée, du traiteur et celle, diversifiée, du supermarché.

Daniel Kosch,
secrétaire général de la Conférence
centrale catholique romaine de Suisse

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La Conférence centrale catholique romaine de Suisse (Conférence centrale ou RKZ) est une entité regroupant les organisations ecclésiastiques cantonales («Eglises nationales»). Elle a été fondée en 1971 sous la forme d’une association. La Conférence centrale se définit elle-même comme:

• une communauté ecclésiale solidaire et efficace
La Conférence centrale relève des défis à l’échelon national. Elle vise à ce que ses membres profitent au maximum de leur coopération mutuelle et obtiennent des résultats accrus en œuvrant de concert.

• une force créatrice
La Conférence centrale aborde des sujets d’actualité. Elle fournit des bases de discussion et promeut un dialogue tourné vers l’avenir entre les divers acteurs.

• la garante d’une «plus-value»
La Conférence centrale affecte à bon escient les fonds qui lui sont confiés et veille à ce que ses membres et la vie ecclésiale en bénéficient.

• un partenaire de discussion compétent et constructif
La Conférence centrale fait entendre les préoccupations de ses membres dans le cadre du dialogue qu’elle entretient avec la Conférence des évêques et les institutions actives sur la scène politique et sociale à l’échelon national.
 

Les tâches fondamentales de la Conférence centrale consistent dans:
 

  • les échanges qu’elle promeut entre ses membres, entre les organismes de droit public ecclésiastique et la pastorale, ainsi qu’entre les responsables de l’Eglise et de la société civile
  • le cofinancement d’activités importantes pour l’Eglise qui sont menées à l’échelon de la Suisse ou des régions linguistiques
  • les compétences spécialisées qu’elle met à disposition dans le domaine du droit public ecclésiastique ainsi qu’en matière d’organisation et de financement de la vie ecclésiale
  • la défense des intérêts et souhaits communs de ses membres qu’elle assure à l’échelon national

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