Jura Pastoral

Lettre pastorale de Mgr Felix Gmür

Chercher et trouver ; garder et développer

Lettre pastorale pour le 2e dimanche du temps ordinaire, 17 janvier 2021

Mgr Felix Gmür Mgr Felix Gmür

Chers sœurs et frères,

Qui cherche trouve. Beaucoup d’entre nous sont de véritables professionnels lorsqu’il s’agit de chercher et trouver. Les moteurs de recherche figurent parmi pages les plus visitées sur internet. D’une simple information jusqu’à un ou une partenaire, nous cherchons aujourd’hui en ligne. Il suffit d’un peu d’habileté et de chance pour trouver quelque chose. Et pourtant, nous restons des chercheurs. Celui qui trouve continue à chercher. Ne va-t-on jamais trouver le repos ? Saint Augustin était déjà un chercheur très actif. C’est lui qui a écrit : « Notre cœur est sans repos, tant qu’il ne repose en toi, ô Dieu ». L’inquiétude naît de la recherche, du désir ardent d’accomplissement, de satisfaction, de bonheur, d’une vie pleine de sens. En tant que chrétiennes et chrétiens, nous croyons que, finalement, seule la rencontre avec Dieu donnera toute sa plénitude au sens de notre vie.

Nous croyons. Mais quoi exactement ? Les deux disciples dans l’Evangile dressent l’oreille, lorsque Jean le Baptiste leur montre Jésus en le présentant comme l’Agneau de Dieu. Ils font un lien entre l’image audacieuse de l’Agneau de Dieu, tirée des Ecritures Saintes, et l’espérance que tout le mal soit vaincu, que la vie réussisse. Ils attendent de lui la rédemption et le bonheur. Ils y croient. C’est pour cela qu’ils s’intéressent à Jésus. Ils se mettent à sa suite. Jésus veut savoir plus précisément ce qu’ils attendent et leur demande : « Que cherchez-vous ? » Ce sont les premières paroles que Jésus prononce dans l’évangile de Jean. Les premières paroles de Jésus aux croyants ne sont ni un enseignement, ni un ordre, ni une prière. C’est une question : « Que cherchez-vous ? »

Tout commence avec la recherche. Celui qui cherche ressent un désir. Les disciples cherchent le bonheur et la paix intérieure. Ils aspirent à une relation qui les porte, ils cherchent une demeure. Peuvent-ils attendre cela de Jésus ? Qui est-il en fait ? D’ailleurs, ils ne répondent pas vraiment à la question, mais en posent une autre : « Où habites-tu ? », ou traduit littéralement : « Où demeures-tu ? »

La recherche révèle une tension. D’un côté, on a l’intérêt, le désir de suivre un mouvement et une dynamique, un départ pour quelque chose de nouveau. De l’autre côté, les disciples aspirent à la paix, à la sécurité, à une plénitude de sens. Ils cherchent ce qui demeure et qui les porte. Cette tension est emblématique pour nous et notre Eglise aujourd’hui. Nous avons besoin de neuf et nous percevons que le monde change, que nous changeons, que les conditions de vie changent et que nous devons oser nous mettre en route. Et pourtant nous voulons aussi en même temps que tout reste identique : L’Eglise reste au village, l’Eglise demeure le pôle fixe au milieu des changements permanents, l’Eglise reste ce qu’elle a soi-disant toujours été. Qu’est-ce qui demeure ? Qu’est-ce qui doit changer ? Jésus donne un conseil pratique aux deux disciples : « Venez et voyez ! » L’Eglise dans notre diocèse peut tirer de cet épisode quelques enseignements pour sa pastorale.

Inviter

Jésus invite. Ses portes sont ouvertes. Il est accessible. Nos paroisses et nos services ecclésiaux sont bien inspirés d’inviter les gens qui nous cherchent au lieu de les renvoyer, d’être atteignables au lieu de faire patienter jusqu’à plus tard, d’avoir des cures et des églises ouvertes plutôt que de n’offrir que des portes fermées. Nous recherchons la juste mesure de la disponibilité et de l’accessibilité. Dans notre monde ultra-cadencé et avec le grand engagement du personnel, c’est parfois bien difficile. En certains endroits pourtant, on trouve un accueil, un espace de réception, un lieu et des horaires où l’Eglise est accessible à tous en toute simplicité.

Faire l’expérience

Celui qui suit Jésus veut faire l’expérience de Jésus. Contrairement aux disciples, nous ne pouvons pas poser directement des questions à Jésus ni le suivre dans sa demeure terrestre. Et cependant, il existe des possibilités de le rencontrer réellement. Les sacrements sont des trésors merveilleux de la rencontre du Christ. Dans le sacrement de l’eucharistie, nous l’accueillons totalement en nous. Pour que cette expérience puisse continuer d’être offerte, nous faisons bien, en complément à la célébration des sacrements, de permettre des rencontres dans lesquelles les personnes s’impliquent elles-mêmes et puissent raconter comment elles entrent personnellement en relation avec Jésus. L’échange devient alors une expérience commune. Dans le travail avec les enfants et les jeunes ou dans le domaine des seniors, il y a maintes possibilités de rencontres de tout premier choix. C’est vrai que les belles et les bonnes expériences vécues en Eglise renforcent et approfondissent la foi. Et pourtant, nous recherchons des formes appropriées pour échanger au sujet de la foi. Nous recherchons des espaces dans lesquels des jeunes parents, des célibataires, des personnes vivant diverses formes de relations puissent faire l’expérience de Dieu et mettre cette expérience en lien avec leur vécu. C’est là un défi particulier pour l’Eglise. Un espace s’ouvre pour la créativité.

Réconcilier

Malheureusement, il y a eu et il y a encore des invitations et des expériences qui ont causé à certaines personnes de profondes blessures et une grande douleur. Certains en souffrent durant toute leur vie. Inviter, être à l’écoute, reconnaître la souffrance, demander pardon : Ce sont là des pas importants sur le chemin de la réconciliation espérée, des pas incontournables à la suite de Jésus. C’était vrai pour les premiers disciples qui regardaient l’Agneau de Dieu et ça l’est tout autant pour nous. L’Eglise continue à chercher comment se comporter avec sa propre culpabilité. Une prévention durable doit être orientée vers l’avenir et viser à empêcher toute sorte de comportement abusif. Aiguiser sa conscience sans tomber soi-même dans l’abus ou le préjugé ni provoquer le dégoût, est aussi une recherche de la juste mesure.

Intégrer

Les deux disciples de l’Evangile sont issus du même milieu culturel que Jésus. La communication entre eux semble facile. Leur milieu et leur style de vie coïncident largement. Dans notre Eglise, nous sommes aujourd’hui en recherche, parce que plus d’un tiers des fidèles de notre diocèse sont des migrantes et des migrants. Ils ont des arrière-fonds culturels différents, des besoins religieux et des attentes différentes, et peut-être aussi d’autres représentations de ce qu’est une vie réussie. Et pourtant, dans l’Eglise, ils ne sont pas des étrangers, ils sont tout aussi autochtones que tous les autres fidèles catholiques. Comment pouvons-nous nous adapter les uns aux autres, de telle sorte que nous ressentions que nous appartenons à un même ensemble et que nous partageons la même foi ? C’est la recherche permanente d’une intégration réussie, sans que personne ne doive abandonner son propre caractère culturel.

Personnellement

Les expériences et les rencontres véritables ne peuvent pas être déléguées à quelqu’un d’autre. Elles ne peuvent être faites qu’au niveau personnel. Jésus invite à faire connaissance personnellement avec lui : « Venez et voyez ! » Une fois de plus, nous prenons conscience que la foi n’est pas essentiellement l’expression correcte d’articles dogmatiques ni l’accomplissement de bonnes oeuvres. La foi est d’abord toujours une rencontre personnelle avec la personne de Jésus. C’est pourquoi la transmission de la foi est quelque chose de tout à fait personnel. Pierre arrive à Jésus grâce à André. Il lui raconte qu’il a cherché et trouvé le Messie. Aujourd’hui, nous cherchons comment transmettre la foi dans de nouvelles conditions de vie. Il vaut la peine d’essayer des nouveautés et de persévérer dans notre recherche, de demeurer dans la confiance que Dieu fait le premier pas et que c’est Jésus qui invite en premier.

En communauté

Lorsque nous vivons des expériences personnelles ensemble, elles deviennent des expériences partagées. Une communauté se crée. L’Eglise est toujours communauté. On ne peut pas être chrétien tout seul. C’est un grand défi de promouvoir la vie communautaire ecclésiale. En effet, les nombreux styles de vie et désirs individuels ainsi que la pensée que chacun est un cas particulier se dressent comme des obstacles sur ce chemin. Nous cherchons dans les paroisses des formes de communautés, qui ne se referment pas sur elles-mêmes mais qui s’ouvrent pour accueillir de nouvelles personnes, qui ne se considèrent pas comme une élite exclusive, mais qui partagent leur particularité avec tous, qui ne tournent pas en rond sur elles-mêmes, mais qui gardent leur regard fixé sur Jésus qui invite et s’intéresse à tout le monde. Maintenant qu’il n’y a plus autant de sociétés ecclésiales qu’autrefois, cette recherche est d’autant plus pressante et captivante. Cela concerne aussi individuel-lement chaque personne dans la communauté. L’Evangile d’aujourd’hui ne parle que de deux disciples. Mais très tôt déjà, des femmes les ont rejoints. Nous recherchons une Eglise dans laquelle les femmes et les hommes aient tout autant leur place les unes que les autres.

Publiquement

L’Evangile ne rapporte rien de la rencontre de Jésus avec les deux disciples. C’est très bien comme ça, car la foi est personnelle, elle a quelque chose d’intime et elle a aussi besoin d’un cadre protégé. Il est bon que notre Eglise respecte et offre cette protection. Mais en même temps, la foi est aussi publique et ce, justement, parce qu’elle est importante pour la vie. Tout le monde doit et doit pouvoir le savoir. L’Eglise est par conséquent toujours publique, jusque dans l’expression publique de ses opinions sur des questions de société. Ici, assurément, cela requiert une grande sensibilité, car l’engagement en faveur de tous ceux que la tradition biblique et ecclésiale nomme les pauvres, n’est pas à notre libre choix. On est sur le fil du rasoir, parce qu’on doit être clair et qu’en même temps on ne souhaite pas et on ne peut pas blesser quelqu’un délibérément. En tout temps, et aujourd’hui encore, l’Eglise est à la recherche du juste équilibre.

Depuis dix ans, il m’est donné d’être chrétien avec vous et évêque de Bâle pour vous. Ensemble, nous cherchons comment la rencontre avec Jésus Christ, le Messie, peut prendre des formes dans notre diocèse, des formes qui correspondent à l’Evangile et qui donnent de la force aux gens. Ensemble, nous cherchons quelle est la volonté de Dieu pour l’Eglise de notre temps. André peut représenter l’aune à laquelle nous pouvons mesurer si nous avons trouvé le Messie : il ne peut pas faire autrement que de mener Pierre à Jésus. C’est ce qu’on appelle une Eglise missionnaire. Une Eglise qui invite.

Cherchons-la à la suite de Jésus qui nous y invite.

Bien à vous
+ Felix Gmür
Evêque de Bâle

Signature

Le blason de Mgr Felix Gmür Le blason et la devise de Mgr Felix Gmür: "Comprenez ce que le Seigneur attend de vous"

17 janvier 2021, deuxième dimanche du temps ordinaire

  • Lectures pour le 2e Dimanche du temps ordinaire, année B
  • 1ère lecture : 1 S 3, 3b-10.19
  • Psaume : Ps 39
  • 2e lecture : 1 Co 6, 13c-15a.17-20
  • Evangile : Jn 1,35-42

Felix colonne Mgr Felix Gmür

BIO EXPRESS de Mgr Felix GMÜR

Felix Gmür est né le 7 juin 1966 à Lucerne. Il est docteur en philosophie et licencié en théologie.

 

Élu le 8 septembre 2010 par le chapitre de la cathédrale de Soleure, puis confirmé par la pape Benoît XVI le 23 novembre 2010. Il a été ordonné le 16 janvier 2011 en l'église d'Olten par le cardinal Kurt Koch, assisté par les évêques Norbert Brunner, évêque de Sion et Robert Zollitsch, évêque de Fribourg-en-Brisgau.

 

Biographie
 

  • Felix Gmür commence à étudier la philosophie à la faculté de philosophie de l'université de Munich en 1986. Il obtient sa licence en philosophie au Centre Sèvres de Paris en 1990. Après sa licence en philosophie, il étudie la théologie à l'université de Fribourg et celle de Munich, obtenant sa licence en théologie en 1994.
  • Poursuivant avec un doctorat en philosophie à Munich, obtenu en 1997, il étudie en parallèle l'histoire de l'art.
  • Pendant ses études à Munich, il est séminariste au Séminaire diocésain du diocèse de Munich "Herzogliches Georgianum".
  • En 1997, il entreprend son stage pastoral dans le Diocèse de Bâle, en travaillant d'abord comme assistant pastoral et plus tard comme un diacre dans la paroisse de S. Antonio à Bâle. Il est ordonné prêtre le 30 mai 1999 à Lucerne pour le Diocèse de Bâle.
  • Après son ordination presbytérale, il devient vicaire, puis administrateur de la paroisse de Saint- Antonio à Bâle jusqu'en 2001.
  • Reprenant ensuite des études d'exégèse à l'Université pontificale Grégorienne à Rome.
  • De 2004 à 2006 il est nommé vice-recteur du grand séminaire du Diocèse de Bâle, à Lucerne, tout en travaillant dans les paroisses Menzingen et Neuheim.
  • Il est secrétaire général de la conférence des évêques suisses, de 2006 à nomination en tant qu'évêque de Bâle.
  • En septembre 2018, Mgr Felix Gmür est élu à la présidence de la Conférence des évêques suisses (CES) pour la période  2019-2021.

 

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