Jura Pastoral

Lettre pastorale de Mgr Félix Gmür, évêque de Bâle

Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.

Mgr Felix Gmür

Chers soeurs et frères en Jésus Christ,

Est-ce que vous aimez avoir le dernier mot ? Ou bien est-ce que vous vous énervez contre ceux qui veulent décider de l’issue d’une discussion ? Quoi que vous en pensiez, les dernières phrases d’une discussion ou d’un discours jouissent d’un statut particulier. Elles résument souvent ce qui a été dit jusque là et soulignent encore une fois l’essentiel de la pensée.

Notre profession de foi se termine ainsi : « Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Voilà des mots de poids ! Pas des détails ni des broutilles ! Ils nous parlent du tout, de la vie et de la mort, de ce qu’on appelle les choses dernières, celles qui comptent vraiment.

Ce qui est actuel et fondamental
Les choses dernières ? Le dernier mot ? A-t-il déjà été dit ? Si nous regardons les discussions actuelles dans notre Eglise, il est évident que le dernier mot n’a pas encore été prononcé. Où en sommes-nous avec les structures de décision dans l’Eglise ? Comment allons-nous garantir pour l’avenir que tout ce qui est humainement possible soit fait pour empêcher les abus et les agressions de toute sorte dans l’Eglise ? De quelle pastorale avons-nous besoin aujourd’hui et demain ? Et de quels agents pastoraux ? Comment notre foi en Dieu-Trinité peut-elle nous donner de la force pour relever les défis de chaque jour ? Et qui transmettra la foi aux prochaines générations ?

Ces questions nous pressent, et bien d’autres encore. C’est pourquoi nous en débattons dans toute l’Eglise, en fonction des compétences, des intérêts et de l’urgence. Parfois âprement. Cette passion montre qu’il s’agit bien de questions d’importance. Elles touchent à l’avenir de l’Eglise et donc de la foi que nous vivons et confessons. Oui, en fin de compte, c’est bien de notre foi en Dieu-Trinité qu’il s’agit. Elle est le cœur de notre espérance, le fondement qui unit et porte tous les chrétiennes et chrétiens. C’est notre signe distinctif, notre caractère unique, notre identité. En effet, en Dieu, « nous avons la vie, le mouvement et l’être ». Et même encore plus : « Nous sommes de sa race » (Ac 17,28). Les réponses à ces questions pressantes puisent leur force dans cette certitude : Nous sommes de sa race. Et « être de sa race » nous pousse, nous chrétiennes et chrétiens, à confesser: « Je crois en la résurrection des morts et à la vie éternelle. Amen ». Est-ce que nous le croyons ? C’est précisément en des temps difficiles comme aujourd’hui qu’il faut réfléchir à ce qui est fondamental.

Les paroles de la profession de foi nous glissent sur les lèvres de manière tellement automatique, qu’il nous est d’autant plus difficile de les interpréter. Qu’est-ce que nous nous représentons quand nous disons résurrection des morts ? Qu’est-ce que la vie éternelle ? Qui a le dernier mot ? Dieu ou la mort ?

La raison seule ne nous permet pas de saisir ce qu’est la mort. Elle est le seuil d’un domaine totalement inconnu. Tous, nous devrons tôt ou tard franchir ce seuil. Qu’est-ce qui va nous arriver ? Qu’est-ce qui se passe pour les personnes qui nous ont précédés ? Est-ce qu’il y a une vie après la mort ou est-ce que tout s’arrête là ?

Beaucoup de gens ont des difficultés avec ses questions. C’est que parler d’un au-delà possible dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Pour certains, il semble plus judicieux et peut-être aussi plus confortable de se taire. Pour Paul, ce serait catastrophique. Ce serait fatal de détourner le regard de la mort et de toutes les questions qui s’y rapportent. En effet, Paul est fermement convaincu que ce n’est qu’avec la foi en la résurrection des corps que le sens de la vie chrétienne s’accomplit. Aussi difficile soit-il de parler de la résurrection, si nous prenons au sérieux les paroles de la lecture d’aujourd’hui, nous ne pouvons pas simplement contourner les questions relatives à la résurrection ni bricoler des réponses selon nos goûts personnels.

Jésus ressuscité comme personnage-clé
Les textes bibliques de ce dimanche nous offrent une clé pour réfléchir à la résurrection. Cette clé n’est autre que Jésus Christ ressuscité lui-même. Il nous ouvre un horizon qui va au-delà de la vie terrestre. Nous pouvons entrevoir ainsi ce qui nous est promis avec la vie éternelle. Poser notre regard sur Jésus-Christ nous ouvre les yeux et nous montre pourquoi le message de la résurrection des morts est si important pour notre vie, ici et maintenant. On peut dire que la rencontre avec le Ressuscité nous donne déjà ici-bas le goût de la vie éternelle.

Deux éléments centraux de la foi en la résurrection
Paul met en évidence la signification de la résurrection pour nous tous. Il pose deux accents : l’espérance et la totalité.

L’espérance signifie ceci : Si notre regard n’est fixé que sur le présent, sans la foi en la résurrection, nous restons inéluctablement en deçà du salut qui nous est promis. La vie chrétienne n’accomplit son sens que si nous mettons en lien nos espérances et nos efforts en ce monde avec l’espérance d’un salut parfait au-delà de la mort. Ainsi, la foi en la résurrection élargit notre horizon. Elle nous fait grandir au-delà de nous-mêmes, parce qu’elle mène à contempler l’incommensurable.

Et pour le deuxième point : La résurrection concerne la totalité de l’être humain. La résurrection n’est pas uniquement un événement spirituel. En posant notre regard sur Jésus Christ ressuscité, comme Paul nous le suggère, nous le constatons : La résurrection englobe toute notre existence, notre vie, notre histoire, notre relation à Dieu, aux autres et même à toute la création. Dans la résurrection, nous conservons totalement notre identité personnelle. Rien de ce qui nous caractérise aujourd’hui ne disparaît.

La résurrection est espérance en une vie en plénitude
Sans espérance en la résurrection, la vie chrétienne mène finalement dans le vide. Paul va même encore plus loin : Si en tant que chrétiennes et chrétiens, nous ne croyons pas à une résurrection après la mort, si nous ne mettons notre espérance que dans cette vie ici-bas, alors « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (1 Co 15,19).

Nous pouvons mesurer pourquoi Paul développe une pensée si radicale en mettant ses déclarations en lien avec les paroles de Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez » (Lc 6,20 s.).

Jésus s’adresse directement à ses auditeurs. Il ne fait pas de grandes théories mais parle de leur vie concrète. Beaucoup de ceux et celles qui le cherchent sont touchés par la maladie et la misère, par l’oppression et la faim. Et que fait Jésus ? Il les déclare heureux !

Il y a de quoi objecter : Est-ce que ça ne semble pas cynique ? Est-ce que ce sont pas là les paroles d’un idéaliste coupé du monde face à la détresse souvent persistante des personnes qui le suivent ? Où restent donc la consolation promise et le royaume de Dieu pour toutes ses personnes qui, autrefois, depuis cette époque et aujourd’hui encore souffrent de leurs conditions de vie ? Aujourd’hui comme autrefois, des hommes meurent de faim. N’y a-t-il pas jusqu’à aujourd’hui dans le monde entier des personnes qui pleurent sur leur malheur, sans trouver la consolation promise par Jésus ? La souffrance continue à se propager. Les paroles de Jésus, et même sa vie entière, tout comme sa mort sur la croix ressemblent à une farce si leur sens ne doit s’accomplir que dans le présent.

Quelle que soit la peine que nous nous donnons, il est impossible de trouver le sens de l’histoire et de notre vie personnelle exclusivement dans le présent de ce monde. Naturellement, nous pouvons promouvoir le bien dans notre entourage concret par nos paroles et nos actes, nous pouvons contribuer au bonheur et nous engager pour la justice. C’est même notre devoir ! Jésus lui-même nous encourage et nous invite avec insistance à coopérer au royaume de Dieu qui a commencé avec lui, et qui continue à se réaliser par nous pour s’achever dans l’au-delà. La résurrection comme promesse de salut commence déjà maintenant. Elle commence là où des gens ne restent pas à terre, mais se lèvent ; là où des gens sont consolés ; là où on leur donne du courage et où s’ouvrent de nouvelles perspectives pour une vie meilleure. Ressusciter commence avec se lever. Nous avons la mission de nous lever et de nous engager pour que ce bonheur devienne toujours plus réalité dans notre vie et dans celle de nos frères et soeurs en humanité. En fin de compte, c’est Dieu qui accomplit.

Partout où nous ne reconnaissons pas cela et où la vie terrestre devient la mesure de toutes choses, là où nous nous contentons de ses lois et en attendons le salut, nous ne pouvons qu’échouer. Cet échec, l’Eglise en fait actuellement l’expérience très douloureuse. Là où elle ne s’appuie que sur les structures de ce monde, où elle se suffit à elle-même et fait croire aux gens que seule sa structure de ce monde ou ses représentants terrestres décident du salut des destinées particulières, elle renverse l’Evangile en son contraire et se rend coupable face aux hommes de la manière la plus honteuse.

Il nous faut donc d’urgence porter notre regard sur Jésus-Christ ! C’est d’une toute autre manière qu’il se tourne vers les hommes. Jésus n’est ni un cynique ni un idéaliste coupé du monde. Il prend les gens au sérieux. Il en est capable parce qu’il les aime. Leurs soucis deviennent ses propres soucis. Il aime les hommes de manière concrète, justement lorsqu’ils ont particulièrement besoin d’amour, quand ils risquent d’être étouffés par leurs soucis. Par Jésus ressuscité, ce qui était vrai autrefois et reste vrai aujourd’hui, c’est que personne n’est seul, personne n’est abandonné par Dieu. Surtout pas les pauvres, les affamés, ni ceux qui pleurent. Voilà pourquoi Jésus peut les appeler heureux. Dieu est là, Dieu est proche, Dieu aime. Jésus fait ainsi le lien entre la vie présente et une espérance de salut à venir. La vie heureuse n’est pas une utopie, elle commence ici et maintenant, et son accomplissement se produit au-delà de la mort.

Résurrection signifie relation vivante à jamais
La résurrection concerne l’être humain dans son entier. A Corinthe, à l’époque de Paul, certains se représentaient la résurrection avant tout comme un événement spirituel. Selon l’opinion qui se répandait, seul l’esprit devait avoir part à la vie éternelle. Mais si seul l’esprit ou, pour le dire autrement, si l’âme seule était transformée et passait à la vie éternelle, cela impliquerait un total dénigrement du corps humain. Durant notre vie terrestre déjà, le corps n’aurait alors plus qu’une fonction subordonnée à l’esprit.

Paul conteste cette pensée dualiste. Pour l’apôtre, Jésus est aussi le point de repère essentiel dans ce cas-là. Et, selon ce que nous rapportent les évangélistes, ce Jésus est ressuscité corporellement. Cela signifie qu’il n’est pas apparu aux disciples comme un fantôme, mais comme un vis-à-vis perceptible par les sens, reconnaissable. Au matin de Pâques, le tombeau est vide. Manifestement, le corps terrestre de Jésus participe à la transformation qui se produit avec la résurrection. Jésus est apparu plusieurs fois à ses disciples après sa résurrection, il a parlé avec eux, ils pouvaient le voir, ils ont cheminé avec lui. Jésus est même allé jusqu’à demander à Thomas de toucher ses blessures. En même temps, ces rencontres sensibles avec le Ressuscité vont au-delà de tout ce que peut saisir notre raison. Jésus apparaît soudainement dans des locaux fermés et disparaît ensuite tout aussi soudainement.

Lorsque Paul souligne que la résurrection est corporelle, c’est la perspective globale qui est déterminante : Notre vie entière, notre histoire, notre relation à Dieu participent à la résurrection qui nous est promise. Le Ressuscité en est le garant. Les relations qui marquent notre vie terrestre ne sont pas déchirées par la mort. Jésus ressuscité rencontre les femmes, les disciples. Il leur promet d’avoir part à sa vie en plénitude. La foi en la résurrection englobe donc bien plus que notre seul esprit. La résurrection nous concerne corps et âme, et concerne même toute la création. La résurrection est un événement relationnel.

Dieu a le dernier mot
« Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen. » Ces derniers mots de la profession de foi affirment que Jésus vit vraiment et réellement, parce qu’il a été ressuscité par Dieu. Grâce à Jésus-Christ, nous pouvons entrevoir ce qui nous est promis avec la résurrection, même si elle dépasse tout ce que nous pouvons imaginer.

La vie triomphe de la mort. La résurrection signifie qu’on peut mettre sa confiance en Dieu jusqu’à la mort et au-delà de la mort. La résurrection signifie que nous sommes toujours portés par lui, quelle que soit la situation fâcheuse que nous traversons, même si nous ne le ressentons pas ou ne pouvons plus y croire nous-mêmes.

Portés par l’espérance en la résurrection, nous devenons capables d’affronter directement et sans perdre pied les nombreuses petites et grandes morts de notre vie. Nous pouvons leur faire face sans les minimiser et sans nous y briser. Paul le souligne avec insistance : C’est dans la résurrection de Jésus Christ que se trouve le fondement de notre espérance de chrétiennes et de chrétiens. La misère et la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. La résurrection signifie que c’est Dieu qui a le dernier mot. Il a le dernier mot, non pas comme un donneur de leçons imbu de lui-même, mais comme celui qui aime, qui s’intéresse à nous. C’est Dieu qui aime infiniment tout homme et sa création. C’est cela que je crois, chères soeurs et chers frères, et c’est pour cela que je le confesse : Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Amen.

Et vous ?

Bien à vous
+Félix Gmür
Evêque de Bâle

17 février 2019

"Intelligentes quae sit voluntas Domini"

"Comprenez ce que le Seigneur attend de vous"

Blason

BIO EXPRESS de Mgr Felix GMÜR

Felix Gmür est né le 7 juin 1966 à Lucerne. Il est docteur en philosophie et licencié en théologie.

 

Élu le 8 septembre 2010 par le chapitre de la cathédrale de Soleure, puis confirmé par la pape Benoît XVI le 23 novembre 2010. Il a été ordonné le 16 janvier 2011 en l'église d'Olten par le cardinal Kurt Koch, assisté par les évêques Norbert Brunner, évêque de Sion et Robert Zollitsch, évêque de Fribourg-en-Brisgau.

 

Biographie
 

  • Felix Gmür commence à étudier la philosophie à la faculté de philosophie de l'université de Munich en 1986. Il obtient sa licence en philosophie au Centre Sèvres de Paris en 1990. Après sa licence en philosophie, il étudie la théologie à l'université de Fribourg et celle de Munich, obtenant sa licence en théologie en 1994.
  • Poursuivant avec un doctorat en philosophie à Munich, obtenu en 1997, il étudie en parallèle l'histoire de l'art.
  • Pendant ses études à Munich, il est séminariste au Séminaire diocésain du diocèse de Munich "Herzogliches Georgianum".
  • En 1997, il entreprend son stage pastoral dans le Diocèse de Bâle, en travaillant d'abord comme assistant pastoral et plus tard comme un diacre dans la paroisse de S. Antonio à Bâle. Il est ordonné prêtre le 30 mai 1999 à Lucerne pour le Diocèse de Bâle.
  • Après son ordination presbytérale, il devient vicaire, puis administrateur de la paroisse de Saint- Antonio à Bâle jusqu'en 2001.
  • Reprenant ensuite des études d'exégèse à l'Université pontificale Grégorienne à Rome.
  • De 2004 à 2006 il est nommé vice-recteur du grand séminaire du Diocèse de Bâle, à Lucerne, tout en travaillant dans les paroisses Menzingen et Neuheim.
  • Il est secrétaire général de la conférence des évêques suisses, de 2006 à nomination en tant qu'évêque de Bâle.

 

Ses responsabilités au sein de la CES

  • Département : Présidium
  • Dicastère : Tâches présidentielles (président)

    Secteurs:

  • Présidium
  • Représentations et relations vers lʼextérieur
  • Secrétariat général
  • Information et relations publiques
  • Service juridique (droit canon/droit ecclésiastique)

 

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